Flop boursier de Facebook: des contrecoups au Québec

Investisseurs plus frileux, valorisations d'entreprises à la baisse,... (Photo Reuters)

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(Montréal) Investisseurs plus frileux, valorisations d'entreprises à la baisse, transactions qui mettent plus de temps à se conclure: le pétard mouillé créé par l'entrée en Bourse de Facebook se répercute sur les jeunes entreprises technos du Québec qui cherchent du financement pour se développer.

«On voit déjà que les investisseurs américains qui regardent des dossiers en provenance de Montréal ou de Québec ne démontrent pas le niveau d'intérêt qu'ils affichaient avant l'entrée en Bourse de Facebook. Tout d'un coup, ils sont moins excités», dit Shahir Guindi, associé directeur d'Osler, Hoskin & Harcourt, firme d'avocats qui conseille une cinquantaine d'entreprises en démarrage au pays.

Attendue avec fébrilité, annoncée en grande pompe, l'entrée en Bourse de Facebook n'en finit plus de susciter la déception. Le titre a clôturé à 26,81$US hier, en hausse de 3,6%, mais encore 29% sous son prix d'entrée.

Refroidis par l'affaire, les investisseurs hésitent maintenant à sauter à pieds joints dans le secteur du web et des technologies. Selon M. Guindi, les meilleures entreprises trouveront quand même du financement, y compris celles du Québec. Mais on mettra plus de temps à signer les chèques... et ils seront moins gros.

«Ce n'est pas seulement une impression, précise M. Guindi. Je connais directement plusieurs dossiers concernant des entreprises du Québec où les investisseurs sont soudainement devenus moins agressifs. Et ceux qui demeurent intéressés diminuent la valorisation accordée aux entreprises de façon importante.»

Il faut comprendre qu'un investisseur qui risque de l'argent dans une entreprise en démarrage fixe le montant de sa mise en fonction de ce qu'il prévoit récolter en revendant sa participation. En voyant l'action de Facebook chuter dramatiquement, bien des investisseurs ont réalisé que les prix de vente qu'ils avaient en tête étaient peut-être trop élevés. Ils ont donc ajusté leurs mises initiales en conséquence.

«Dans la mesure où ça ne dure pas trop longtemps, ce n'est peut-être pas une mauvaise chose, croit M. Guindi. Les valorisations étaient hautes, peut-être trop. Les gens analysent maintenant les choses avec moins d'excitation, et ça ramène les attentes à des niveaux plus réalistes.»

Selon lui, c'est l'achat d'Instagram par Facebook pour la somme colossale de 1 milliard US, en avril dernier, qui a enflammé tout le monde. Il s'attend à ce que le refroidissement provoqué par les problèmes de Facebook en Bourse se faire sentir pendant quelques mois.

Des observations contradictoires

Aux États-Unis, Paul Graham, un gourou des entreprises en démarrage, a aussi averti les entrepreneurs technologiques cette semaine de se préparer aux contrecoups créés par l'appel public à l'épargne raté de Facebook.

«Si vous n'avez pas encore récolté de capital, diminuez vos attentes», a dit l'homme bien connu dans la Silicon Valley, en Californie.

Chris Arsenault, associé principal du fonds de capital-risque québécois iNovia, est toutefois surpris d'entendre que les problèmes de Facebook font des vagues jusqu'au Québec.

«Ce n'est pas ce que j'observe», dit celui dont le métier est d'investir dans des entreprises des deux côtés de la frontière. Il note que les problèmes de Facebook ont touché une catégorie bien précise d'entreprises technologiques, soit celles sur le point d'entrer en Bourse. Kayak, une boîte américaine qui offre des services de voyage en ligne, a par exemple annoncé la semaine dernière qu'elle retardait son entrée en Bourse à la suite des difficultés de Facebook. Les analystes croient qu'il pourrait s'agir de la première d'une longue série.

Or, les entreprises technologiques prêtes à entrer en Bourse sont rarissimes au Québec. «Ici, la majorité des investisseurs sortent des entreprises lorsqu'elles sont acquises ou fusionnent. Et le marché des fusions et acquisitions n'a pas ralenti», dit M. Arsenault.

Jacques Bernier, associé principal de Teralys, le plus gros réservoir de capital-risque du pays, a aussi affirmé à La Presse Affaires ne pas s'attendre à voir un «effet Facebook» au Québec.

Shahir Guindi, lui, réitère qu'il observe déjà cet effet.

«Je connais une entreprise québécoise dans laquelle quatre ou cinq fonds américains voulaient investir, raconte-t-il. Depuis Facebook, tout le monde réévalue. Même l'entreprise réévalue ses propres attentes. Ça va amener une période de réflexion - pas un arrêt, mais je crois que le financement va se faire soigneusement plutôt que de façon précipitée comme à la fin des années 90, avant l'éclatement de la bulle techno.»

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