EnCana et la chute du prix du gaz naturel

Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Le plus gros producteur de gaz naturel canadien a perdu la moitié de sa valeur boursière depuis un an. Pas étonnant, car le prix du gaz naturel a poursuivi sa descente pour tomber sous la barre de 2$US par million de BTU mercredi matin sur le parquet du New York Mercantile Exchange (NYMEX). C'est le prix le plus bas depuis janvier 2002.

Approche-t-on du bas? Et si oui, EnCana devient-elle une occasion d'achat?

Pour l'instant, les gestionnaires de portefeuilles d'actions canadiennes ne se précipitent pas pour faire le plein du titre d'EnCana (T.ECA) qui est passé de 34$ à 18$ en moins d'un an. Bien au contraire. «Nous avons vendu les positions qui nous restaient dans Encana au début de l'année», dit John Goldsmith, spécialiste du secteur de l'énergie chez Montrusco Bolton.

Le marché du gaz naturel connaît depuis un bon moment un déséquilibre majeur entre l'offre et la demande. Le temp doux en Amérique du Nord l'hiver dernier n'a fait qu'accentuer le phénomène. «Nous avions conclu dès janvier que le prix du gaz naturel pouvait aller beaucoup plus bas», dit M. Goldsmith.

Et il semble que la situation ne pourra que se détériorer d'ici le mois de septembre. Toute la capacité d'entreposage sera bientôt occupée, alors que la production se maintient, explique Charles Jenkins, premier vice-président, actions, chez Investissements Standard Life. Il craint que le prix baisse encore et tombe aussi bas que 1,50$US. «La production est trop élevée, le forage doit s'arrêter», dit-il.

Alors qu'il aurait fallu diminuer la production de gaz naturel, celle-ci est à la hausse de 5 à 8% depuis un an, indique Daniel Lavoie, gestionnaire adjoint chez Fiera Capital. Il n'écarte pas la possibilité que le prix du gaz naturel tombe à zéro l'été prochain l'espace de quelques heures, voire durant une journée ou deux, lorsqu'il n'y aura plus d'endroit pour entreposer le gaz naturel extrait.

Le prix du gaz naturel saura bien remonter au cours des prochaines années lorsqu'on aura réduit la production, selon M. Lavoie. «Mais on ne pourra espérer beaucoup mieux que 3$ ou 4$», dit-il.

Encana, des difficultés en 2013

La situation financière d'Encana ne devrait pas trop se détériorer en 2012 grâce à ses opérations de couverture. On estime que 65% de sa production est déjà vendue par l'entremise de contrats à terme ou d'options de vente qui lui permettent de toucher un prix de plus de 5$ pour son gaz. Mais en 2013, il n'y aurait que 17% de la production qui jouira d'une telle couverture.

Il n'y a pas d'urgence pour acheter le titre, croit Charles Jenkins. «Le secteur du gaz naturel devra faire l'objet d'une consolidation majeure pour exercer un meilleur contrôle de sa production», dit-il.

Les flux de trésorerie d'Encana atteindront 3 milliards en 2012 et seront suffisants pour maintenir son niveau d'exploitation, ses dépenses en capital et le paiement de son dividende annuel de 80 cents.

Toutefois, 2,2 milliards de ces flux de trésorerie proviennent des opérations de couverture, estime Daniel Lavoie. La situation changera considérablement en 2013 si le prix du gaz naturel ne se redresse pas.

Seulement pour payer le dividende, Encana a besoin de 600 millions par année. La direction devra se questionner à savoir si elle doit maintenir son dividende au risque de voir son niveau d'endettement augmenter, croit M. Lavoie.

Comme les pâtes et papiers

Le secteur du gaz naturel suit une trajectoire semblable à celle du secteur des pâtes et papiers, note John Goldsmith. «Il y a trop de producteurs et trop de types de gaz», dit-il.

Il faudra trouver d'autres débouchés pour espérer une reprise du prix du gaz naturel. Comme l'utiliser dans la production de l'électricité, ainsi que comme carburant pour propulser les automobiles, selon le spécialiste de Montrusco Bolton.

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